Au grand sud adolescent, rude et capricieux. De tes lourdes paupières se muent, des larmes de montages, nitescentes en journée, et qui s’obombrent le soir venu, lorsque la lune masque tes océans glacés.

Sur les champs niveaux du désert d’Agafay, à l’hymne de ses crevures, se dresse Inara Camp, avec un toit plaqué d’océans azurés et un léger parquet doré.

Rêvé puis construit par Vincent Jaquet, il nous apprend à nous délecter de ce que nous offre le réel, à s’émouvoir de l’infiniment petit et à admirer l’infiniment grand. S’étendant sur un terrain de 10 hectares, il se présente en deux parties, en haut la partie restaurant du midi, qui accueille les invités de passage. En bas, la partie bivouac pour faire vivre aux clients, l’expérience authentique de dormir dans le désert.

Dans ce monde inhabité, l’hébergement est composé de tentes conçues sur le thème de l’expédition et de l’aventure. Devant le crépuscule, devant le grandiose du spectacle du ciel qui en un instant, révolutionne les couleurs contenues dans nos yeux et exalte les douleurs qui se battent dans nos cœurs.

Au centre, la piscine fait office de mirage. Sans ciment ni structure de fer, c’est une résine poreuse, mélangée a du sable et du quartz, donnant l’impression d’être sur une plage de sable. Ainsi l’on se retrouve exaltées par la rudesse transformée en délicatesse, par le spectacle qui s’offre à nous.

Le soir venu, on entend chanter les silences cristallins, du vent devenu bourreau et confident du solitaire voyageur. Ainsi nous apprends ce désert angélique, ce qu’est la véritable solitude, dépourvue de plénitude. La solitude comme libération, comme une seconde maison que l’on vient secrètement habiter a l’occasion. Des tentes dont les fenêtres sont ouvertes sur nous-mêmes et dont les murs sont tapissés de leçons, de nos introspections. Une maison isolée de l’hostilité, grâce au jardin de sérénité dont elle est entourée. La solitude comme un exil tranquille qui nous ramène à nous envers et contre tout.

L’aube, entouré de myriades d’éclatants soleils qui ont le don de nous subjuguer, de faire briller l’inespéré qui dort en nous, parce qu’ils nous ont justement, ramenés à nous.

Dans ton antre, formidable désert, je ne puis qu’admirer ton visage, affable de rides dorées.


3 QUESTIONS POUR VINCENT JACQUET

A+E // Que vous inspire le désert ?

Il s’agit d’une longue histoire puisqu’entre lui et moi, c’est pratiquement 20 ans de vie commune. Le désert, je ne saurai pas vous le décrire et je crois que ça ne sert à rien de vous le décrire, car désert ne se raconte pas ; il se vit tout simplement, comme disait Théodore-Monod.

Avec ses grandes étendues et son sentiment de plénitude, le désert se vit et c’est une rencontre avec soi même que l’on entreprend. Comme une porte ouverte sur votre cœur, une chose très intime dont on ne parle pas à haute voix. C’est superbe comme sentiment, et je vous invite à venir le découvrir ou alors à venir vous découvrir, le plus simplement du monde.

A+E // Que représente pour vous Inara Camp ?

Bien sûr, en dehors du gagne pain, Inara Camp est avant tout le fruit d’une passion. Je suis hôtelier et restaurateur depuis toujours. Au delà d’être un métier, il s’agit d’une passion que j’entretien et que je nourri.

Quand on est hôtelier, accueillir les gens dans un dans un camp, c’est 100 fois plus délicat que de les accueillir dans un hôtel, car la démarche fondamentalement différente. J’ai d’ailleurs toujours dit qu’un camp, c’était un hôtel multiplié par dix. Parce qu’on accueille les gens pour une « expérience », non pas simplement, pour une nuitée.

Cette expérience porte une lourde responsabilité, celle d’accomplir un rêve. Très souvent les gens nous disent « je réalise un rêve : passer une nuit dans le désert, sous les étoiles ». Je réalise un rêve et quand on a la charge de réaliser le rêve d’une personne, c’est encore plus important. Voilà ce que c’est pour moi. Un très beau lieu, où tout est possible.

A+E // Vous décrirez-vous comme un nomade ? 

Alors cette question est très intéressante et en même temps, est ce qu’on n’est pas tous un peu nomade ? Est ce qu’il ne faudrait pas être un tout petit peu plus nomade encore ?

Être nomade, c’est être un voyageur et être un voyageur, c’est rencontrer l’autre et rencontrer l’autre, c’est être tolérant, apprendre la tolérance. Ce serait tellement mieux que tout le monde soit beaucoup plus voyageur que consommateurs.

Je pense que c’est un peu mon coup de gueule du moment. C’est vrai qu’on se retrouve beaucoup plus avec des consommateurs qu’avec des voyageurs.

Si tout le monde pouvait être un peu plus nomade, ce serait formidable. En tout cas, en ce qui me concerne, partout où j’ai la chance d’aller, je me sens bien. Je suis chez moi partout. Je respecte l’autre et l’autre vient à ma rencontre, il est chez moi avec moi et on est ensemble.